Dans une lettre publiée hier soir, Me Mohamed Traoré, jusqu’alors conseiller au Conseil National de la Transition (CNT), a annoncé sa démission de son poste. Dans cette lettre, Me Traoré exprime son mécontentement concernant le non-respect du chronogramme de la transition, qui avait été fixé au 31 décembre 2024.
Dans un entretien téléphonique ce mardi matin, l’activiste Moussa Iboun Conté a donné son analyse sur cette démission, qu’il juge malvenue en l’état actuel des choses. Selon lui, il s’agit avant tout d’un choix personnel que l’on doit respecter, mais il estime que le moment n’est pas opportun.
« C’est de sa responsabilité. Il s’agit d’un choix personnel. Maintenant, l’objectif qu’il poursuivait au niveau du Conseil National de la Transition, qui est l’organe législatif de la transition en République de Guinée depuis la prise de pouvoir du CNRD le 5 septembre 2021, et la mise en place du CNT en janvier 2022, doit être pris en compte. Depuis le choix qui a été porté sur lui par le barreau et entériné par un décret présidentiel, s’il estime qu’après évaluation, il se rend compte que sa mission a pris fin et que les objectifs qu’il poursuivait en tant que conseiller ont été atteints, il est libre de décider soit de rester, soit de partir. Je crois qu’il a décidé de partir et nous devons respecter son choix. Les motivations qu’il évoque pour ce choix, qu’il a détaillées dans sa lettre de démission, ne concernent que lui », a-t-il déclaré.
Il a ajouté : « À un moment donné, il faut savoir évaluer son parcours, marquer une pause et faire des projections. Je crois que c’est ce qu’il a fait. C’est une décision personnelle. Je suis obligé de la respecter, même si je ne la partage pas. Parce que je pense qu’il y a plus de raisons pour rester à bord. La constitution, à laquelle il a contribué et qu’il a vulgarisée à travers le pays, est en phase finale de rédaction, et il n’y a même pas encore de projet de constitution. Le référendum n’a pas encore été conclu. J’aurais voulu qu’il poursuive le processus qu’il a commencé jusqu’à la fin du référendum, et ensuite il pourrait démissionner. Mais s’il a décidé de démissionner maintenant, je ne comprends pas et je ne partage pas sa démarche, mais je suis obligé de la respecter. »
Concernant le non-respect du chronogramme de la transition, évoqué par Me Traoré, Moussa Iboun Conté a souligné que ce n’était pas la principale raison qui l’avait poussé à rejoindre le CNT. « Ce n’est pas cela qui l’a amené au CNT. Il a été choisi pour défendre les intérêts du barreau. Et vous remarquerez que tout le temps qu’il a passé là, il a exercé sa liberté d’expression. Parfois, il prenait des positions maladroites en raison de son statut de conseiller national. Mais il n’a jamais été rappelé à l’ordre ou interpellé par qui que ce soit. C’est une question morale. Ils ont commencé un travail important au sein de la commission nationale de la constitution, des lois et de l’administration. Ce processus a été la cheville ouvrière de la rédaction de la nouvelle constitution. Je crois que le bon sens aurait voulu qu’il reste jusqu’à la fin du référendum. Mais à ce stade, sa démission semble prématurée. Je pense qu’il a trahi le mandat qu’il avait reçu du barreau et la confiance qu’il avait cultivée avec ses collègues de la commission de la constitution. »
Ibrahima Sory Camara
