La lecture du texte de notre Alpha Issagha Diallo, dirigé contre notre notabilité, suscite en moi une profonde consternation. Non pas parce qu’il exprime un simple point de vue – toute opinion ayant sa place dans une société démocratique – mais parce qu’il repose sur des calomnies flagrantes et un mépris inadmissible envers ceux qui, depuis des générations, incarnent la sagesse, la dignité et l’honneur de notre communauté.
Accuser la notabilité de Labé d’avoir influencé les choix politiques de Cellou Baldé est une aberration dénuée de tout fondement, révélatrice d’un manque de respect manifeste envers nos aînés, nos sages et nos érudits. Leur mission a toujours été de veiller au bien-être social, à la cohésion communautaire et à la préservation de nos valeurs religieuses et culturelles. Jamais ils ne se sont immiscés dans les stratégies partisanes ni n’ont dicté à quiconque ses choix politiques.
Dans nos traditions, s’en prendre à la notabilité avec une telle virulence est le symptôme d’un grave problème d’éducation et d’un inquiétant déficit de repères. Si nous ne savons plus faire preuve de gratitude envers nos propres aînés, alors que nous ont appris nos familles, nos écoles et nos expériences de vie ?
Les figures respectées de Labé – qu’elles soient religieuses, traditionnelles ou sociales – n’ont ni le temps ni l’intérêt de s’ingérer dans des querelles politiques. Ce texte illustre surtout une incapacité persistante à assumer ses propres responsabilités. Toujours rejeter la faute sur autrui, toujours désigner des boucs émissaires, toujours fuir ses propres échecs. Plutôt que de reconnaître que chaque acteur politique est maître de ses décisions, on cherche à impliquer la notabilité, comme si elle exerçait une quelconque influence sur des hommes libres et responsables.
Nous devons nous interroger sur cette dérive, de plus en plus courante dans notre communauté, qui consiste à manquer de respect à nos propres parents, à nos aînés, à ceux qui ont toujours été là pour nous guider. Pourquoi avons-nous perdu toute retenue ? Pourquoi nous permettons-nous d’attaquer ceux qui devraient être nos références ? Peut-on défendre une cause noble en reniant nos propres valeurs ?
Il est évident que ce texte n’est que l’expression d’une colère mal canalisée, d’une frustration cherchant désespérément un coupable. Il n’est pas exclu qu’il ait été commandité ou que ses affirmations soient alimentées par des sources malintentionnées.
Si nous laissons ces dérives se multiplier, nous risquons de perdre ce qui nous reste d’unité et de dignité collective. Ceux qui pensent qu’attaquer la notabilité leur procurera un quelconque avantage doivent comprendre qu’ils ont déjà perdu, car leur combat repose sur la haine et la médisance.
Nous mettons en garde contre ces pratiques délétères et appelons à plus de responsabilité, de retenue et de respect envers nos figures traditionnelles. La notabilité de Labé n’a, ni de près ni de loin, joué un rôle dans les choix politiques d’un acteur ou d’un autre.
Il est temps que nous apprenions à débattre avec respect, à défendre nos convictions sans invective ni mépris, et surtout à préserver ce qui nous unit plutôt que de détruire ce qui nous élève.
Alpha Boubacar Bah
